Le démantèlement de Brennilis : un démantèlement significatif des difficultés rencontrées effectivement

 

Etude de cas d'un démantèlement : Brennilis


Le Site des Monts d’Arrée (SMA), également appelé centrale de Brennilis, est localisé dans la partie est du Finistère en bordure du réservoir artificiel de Saint-Michel et de la rivière Ellez (affluent de l’Aulne) en Bretagne.

 

 

    La centrale de Brennilis était un petit prototype expérimentale unique eau lourde-gaz. Elle est mise en exploitation pendant 20 ans, ce qui est peu pour une centrale nucléaire. En 1985, le réacteur est définitivement arrêté.

  Le démantèlement de la centrale est entrepris : c'est le premier démantèlement d'une centrale nucléaire en France ! Il devait être exemplaire, en particulier, aux yeux de tous les pays du monde.

 

Un démantèlement technique et rigoureux entrepris

Le démantèlement de la centrale doit répondre à une double priorité :

-  la sécurité des personnes, notamment par la définition de scénarios visant la sécurité des intervenants, tant sur le plan de la radioprotection que de la sécurité au travail classique ;

 

-  le respect de l’environnement, en premier lieu par la limitation des rejets, mais aussi au travers de la gestion des sols, de la gestion des déchets et plus globalement des diverses interfaces avec l’environnement. 


Etat actuel des bâtiments :

Centrale de Brennilis

 

Depuis l’arrêt de la centrale, plusieurs opérations ont été menées :

- tout d’abord, les principales sources radioactives ont été évacuées dans les années suivant l’arrêt, dans le cadre des opérations de Mise à l’Arrêt Définitif (MAD), couvrant notamment le déchargement du combustible et la vidange des circuits et des piscines ;

- puis les opérations de démantèlement partiel, qui ont consisté principalement à :

     - confiner (c’est-à-dire boucher de manière étanche) les circuits du Bloc Réacteur (BR) contenant la majeure partie des substances radioactives subsistantes ;

     - démanteler les circuits d’eau lourde et de gaz carbonique (hormis les sections à l’intérieur du BR) ;

     - démanteler les composants électromécaniques des bâtiments (saufs, les échangeurs et le BR) ;

     - assainir la plupart des autres bâtiments nucléaires ;

     - évacuer les déchets radioactifs vers les centres de stockage agréés ;

     - démolir les bâtiments non nucléaires et les bâtiments nucléaires assainis et déclassés.

 

État final visé :

Le démantèlement de la centrale de Brennilis vise à atteindre un état final où tous les ouvrages, après avoir été assainis et déclassés par l’Autorité de Sûreté Nucléaire, sont démolis jusqu'au niveau moins 1 m par rapport au niveau naturel du sol.

Les cavités restantes, qui sont de nature conventionnelle, c’est-à-dire non radioactive, sont remplies avec un remblai approprié, réutilisant les gravats de béton, déchets conventionnels issus de la démolition des bâtiments assainis et déclassés.

 

Ce projet comporte plusieurs opérations de différentes natures dans les bâtiments restants.

 

Démantèlement des échangeurs :

 

Echangeur 


- Travaux de démantèlement des échangeurs :

Les travaux, qui se dérouleront à l’intérieur de l’Enceinte Réacteur, consistent à démanteler les deux échangeurs de chaleur et les réseaux CO2 intermédiaires situés entre les deux groupes de 8 bouteilles.

Ils comportent les principales phases suivantes :

- mise en place d’équipements permettant la découpe des bouteilles (équipements appelés « atelier vertical » et « atelier horizontal ») ;

- démantèlement des réseaux CO2 ;

- découpe des bouteilles : chaque bouteille sera découpée en 5 morceaux qui seront conditionnés en « monoblocs ». La découpe sera réalisée en plusieurs étapes comme suit :

     1.  transfert vers l’atelier vertical, dépose du dôme inférieur et découpe en deux portions ;

     2.  transfert des deux portions vers l’atelier horizontal et basculement ;

     3.  dépose du dôme supérieur et découpe de la portion inférieure en deux parties.

 

Démantèlement du Bloc Réacteur (BR)

Bloc Réacteur (BR)

 

- Travaux de démantèlement du Bloc Réacteur (BR):

Cette opération consiste à démanteler les équipements contenus dans le bloc réacteur. Les travaux se déroulent à l’intérieur de l’Enceinte Réacteur et sont prévus en 10 phases successives.

-      Phase 1 : Internes de canaux Est et Ouest,

-      Phase 2 : Tubes de force et tubes de guidage,

-      Phase 3 : Barres de contrôle et puits d’instrumentation,

-      Phase 4 : Prolonges de canaux Est et Ouest,

-      Phase 5 : Tubulures CO2,

-      Phase 6 : Cadre froid,

-      Phase 7 : Cadre chaud,

-      Phase 8 : Cuve D2O du réacteur,

-      Phase 9 : Ecrans d’eau latéraux (autour de la cuve),

-      Phase 10 : Ecrans d’eau axiaux Est et Ouest.

 

 

Assainissement et démolition de la Station de Traitement des Effluents (STE) :

 

Station de Traitement des Effluents (STE)  


- Travaux d’assainissement de la STE :

Le principe retenu pour l’assainissement des infrastructures de la STE consiste à :

- réaliser une campagne de caractérisation de l’activité du sol en béton armé (appelé radier) en suivant un maillage fin, afin de déterminer les points les plus actifs ;

- éliminer les points identifiés ;

- couler une nouvelle dalle de béton sur le radier afin de renforcer la structure avant d’assainir les murs et plafonds ;

- après déclassement par l’Autorité de Sûreté Nucléaire des murs et plafonds (qui deviennent zone à déchet conventionnel), démolir ces éléments de structures ;

- en fonction des études menées en parallèle, éliminer les parties du radier ne pouvant être déclassées en déchets conventionnels ; les parties éliminées sont des déchets radioactifs qui sont évacués vers les centres de stockage agréés.

 

Exploitation de l’IDT :

L’installation de Découplage et de Transit des déchets nucléaires (IDT) est destinée à l’entreposage temporaire avant envoi des déchets radioactifs produits au cours des travaux de démantèlement. Cette installation permet de donner de la souplesse entre la production et l’évacuation des colis de déchets radioactifs vers les centres de stockage agréés de l’ANDRA (l’Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs).

 

Démantèlement des autres matériaux :

A l’issue du démantèlement du BR, les matériels restant dans l’ER et les autres bâtiments seront à démanteler.

Ces opérations concernent notamment : le pont polaire, les moyens de manutention (monte-charge, chariots…), le réseau électrique, l’éclairage et la ventilation.

 

Assainissement du béton de l’enceinte du réacteur :

L’assainissement consiste à éliminer des structures de génie-civil (béton, éléments métalliques) l’épaisseur de matériau contaminé. L’assainissement concerne l’ensemble des locaux et bâtiments classés « zone à déchets nucléaires ». Différents procédés sont utilisés : brossage, ponçage, arasage, écroûtage, etc.

Ce sont ces procédés classiques et éprouvés qui seront utilisés pour l’assainissement de l’enceinte réacteur.

À l’issue de l’assainissement, l’enceinte réacteur sera déclassée par l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) de « zone à déchets nucléaire » en « zone à déchets conventionnels » et pourra être démolie.

Gestion des sols :

Au fur et à mesure de l’avancement des opérations de démantèlement et d’assainissement des bâtiments, les actions de gestion des sols sont menées zone par zone ; elles consistent à identifier les sols pollués sur le plan chimique ou radiologique, les caractériser, éliminer les parties polluées et les évacuer vers les filières agréées, contrôler et justifier l’état final.

Démolition des bâtiments et réaménagement du site :

Cette partie du projet regroupe les opérations de démolition, de comblement des excavations et de réhabilitation de la plate-forme du site en vue d’atteindre l’état final (site non nucléaire où tous les bâtiments ont été démolis jusqu’au niveau moins un mètre par rapport au niveau naturel du sol). Dans la mesure du possible, les produits de démolition sont utilisés comme remblai après avoir été concassés.

Ces opérations concernent l’ensemble des anciens bâtiments nucléaires assainis et déclassés, des bâtiments conventionnels, et des divers réseaux, voiries et clôtures.

 

 

 

Un démantèlement pas si propre :

les violentes polémiques et l'arrêt du démantèlement


    Des fûts, contenant des déchets radioactifs produits en 2004 et 2005,  présentent des signes de corrosion externe assez prononcée. La comptabilité du nombre de colis, des tonnages de déchets entreposés ou évacués, semblait très approximative. L’ASN est même très sévère sur ce point. Elle note une incohérence totale des données chiffrées.

Plus inquiétant encore. Concernant l’activité radiologique de certains déchets tritiés (qui contiennent du tritium, considéré comme hautement toxique), l’ASN constate une forte sous-évaluation, d’un facteur de 30 à 200.

Des documents accompagnant une expédition de déchets nucléaires ne correspondaient pas au colis envoyé. Cette non-conformité et cet écart – « deux fautes », dénoncent les antinucléaires - n’ont pas été déclarés à l’ASN... EDF, de son côté, estime que la recommandation de l’Autorité ne concerne pas des écarts méritant une correction immédiate.

Barré par du ruban adhésif. Pourtant, l’ASN a aussi noté que des déchets nucléaires présentant des risques chimiques et d’incendie ont été mis dans une zone trop proche de déchets tritiés. Cette zone ne pouvait, en cas d’incendie, être arrosée par un brumisateur automatique. Et un autre brumisateur était hors service. Un local destiné à l’entreposage des déchets radioactifs amiantés était bien fermé à clé. Mais il est directement accessible par le local adjacent dont les parois ont été déposées et dont seule l’issue externe est barrée par trois bandes de ruban adhésif.

EDF a deux mois pour répondre à l’ASN, en prenant des engagements et en fixant un calendrier. « Sortir du nucléaire » estime que l’entreprise tente d’abuser l’opinion en lui laissant croire que le démantèlement d’un réacteur nucléaire ne pose pas de problèmes. EDF assure que des actions de progrès vont bien sûr être rapidement mises en œuvre, sous le contrôle vigilant de l’ASN.

L’impact radiologique de la centrale de Brennilis  :

Il y a une contamination anormale des plantes et des sédiments prélevés dans le chenal de rejet des effluents de la centrale, chenal qui se jette dans la rivière l’Ellez. Ainsi que  des éléments artificiels qui viennent forcément d’une activité nucléaire comme le Césium 137 ou l’Actinium 227 : des intrus toxiques. La CRIIRAD a retrouvé également du plutonium et de l’américium 124, éléments radioactifs dangereux, autour du site.

 Rejets sans autorisation

En quelle quantité ? Dans des taux très nettement supérieurs à la normale - 3.000 becquerels par kilo pour le Césium 137 là où la norme se situe entre 0 et 50 becquerels - et dans un milieu qui n’est pas apte à les recevoir en raison d’une très faible dilution. Pourtant, la centrale n’a pas d’autorisation pour émettre des rejets radioactifs, ni dans l’eau, ni dans l’air. Néanmoins les taux de Tritium dans l’atmosphère (hydrogène radioactif) sont 30 fois supérieurs à ceux constatés à la centrale de Saint-Alban (Isère) qui est beaucoup plus grande.

« Série d’anomalies »

On note aussi un système de contrôle et de surveillance d’EDF totalement aberrant, incapable de vérifier l’impact des rejets. Leurs analyses des pluies n’ont même pas "vu" la catastrophe de Tchernobyl en 1986. C’est dire ! La fiabilité de leur inventaire est douteuse. Il y a là une série d’anomalies. Il est temps que la population se réveille pour être exigeante envers EDF et l’État qui avait autorisé un décret illégal permettant le démantèlement total : aucune enquête publique n’avait en effet été réalisée contrairement à ce qu’ordonne la loi.

Obtenir la transparence

Manifestation d'associations anti-nucléaire sur le site de Brennilis


Aujourd’hui, la Criirad et « Sortir du nucléaire » réclament, avant toute reprise du démantèlement, la transparence totale sur les pratiques d’EDF à Brennilis. Les associations veulent que le site soit décontaminé et que l’exploitant s’explique sur l’origine de cette contamination. Elles souhaitent, enfin, connaître le taux de radioactivité actuel et appellent de leurs vœux une enquête publique ainsi qu’une étude d’impact scientifique et épidémiologique sérieuse. Le démantèlement total n’est pas une entreprise anodine. Car, la radioactivité au cœur du réacteur est encore aujourd’hui de l’ordre de 100 Sievert/heure. Ce n’est pas rien, lorsque l’on sait qu’une simple dose de 6 Sievert/heure est mortelle...

 

Spot antinucléaire par l'association "Sortir du nucléaire"

 

Résultats des analyses des plantes aquatiques par spectrométrie gamma : 

Résultat détaillé de l’analyse par spectrométrie gamma N°22197 du 29 mars 2006 :

- Radionucléides émetteurs gamma artificiels. Deux radionucléides artificiels émetteurs gamma présentent une activité très supérieure aux limites de détection. Il s’agit :

· du césium 137, produit de fission, émetteur bêta-gamma de période physique égale à 30 ans. Son activité est de 504 Bq/kg sec.

· du cobalt 60, produit d’activation émetteur bêta-gamma de période physique égale à 5,27 ans. Son activité est de 294 Bq/kg sec.

 

Ces activités témoignent d’une contamination incontestable.

EDF reconnaît la pollution :

Le plutonium détecté dans le chenal de rejet des eaux du site de Brennilis provient de l’activité passée de la centrale nucléaire. EDF l’a avoué pour la première fois en public. En revanche, l’actinium 227, élément radioactif découvert dans la région, serait d’origine naturelle. Deux laboratoires indépendants l’affirment. Ce qui n’exclut pas certains dangers.

Sur  le site de Brennilis, EDF doit s’expliquer sur la présence de plutonium dans le chenal de rejet des eaux de la centrale et deux laboratoires indépendants rendent leur conclusion sur l’actinium 227 retrouvé en forte concentration dans la région.

 

Du plutonium dans le chenal :

Pour le premier élément radioactif, le plutonium, Bertrand Dubuis, responsable du site, joue carte sur table. Oui, cette pollution provient de l’activité passée de la centrale. Les antinucléaires apprécient l’aveu mais restent sur leur faim. « Il n’a dit que deux phrases à ce sujet, comme si c’était un détail », commente Alain-François Calderon d’Eau et Rivières de Bretagne.

 

 

    En 2007 le réseau "Sortir du nucléaire" arrive à faire arrêter le démantèlement et demande la constatation des rejets à l'ASN. Elle les approuve. Encore actuellement la centrale de Brennils repose en Bretagne sans avoir était complètement démantelée : le niveau II du démantèlement n'est toujours pas achevé. La fin du démantèlement a était retardée  : EDF parle encore d'une quinzaines d'années de travaux. Un coup difficile pour un démantèlement qui devait s'avérer être un modèle ! 

 

 

 

 

 

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